"Quelle est la différence entre "ne sera jamais" et "n'a jamais été"?"

Je ne sais pas pourquoi il m'est encore possible d'y penser. Il n'y a plus de surprise, il ne reste que du gâchis, "un immense gâchis" comme on dit ouais, pas pour rien qu'on se sente obligé d'y associer cet adjectif. Il est temps d'enterrer ce bordel infâme, de disperser ses cendres plutôt, sans en bouffer. Plus une miette.
Je ne comprends pas comment je peux réussir à m'acharner sans espérance. C'est absurde. Remâcher les histoires passées qui n'ont jamais été réellement présentes, voilà bien la preuve qu'il est temps de changer d'air.

Mais tout est gris. Putain de gris. J'essaie d'y trouver une beauté, un rien aguicheur, quelque chose qui puisse remplir l'espace crevant par le vide, mais je ne vois pas. Du gris. De l'eau. Déjà plus ces belles couleurs d'automne qui font qu'on s'imagine pardonner la noirceur à venir. Un goût du passé, du déjà vu, du trop vu surtout.



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Elle avait beau se dire, se répéter, que tout irait bien, qu'elle avait connu pire, elle ne pouvait empêcher son corps de trembler plus qu'il ne l'avait jamais fait auparavant. Plus rien ne pouvait occuper son esprit si ce n'était ce semblant d'être au fond d'elle qui tentait de la rassurer, de la ramener prématurément à la vie. Agenouillée, elle serrait le corps ensanglanté contre elle en se balançant de l'avant vers l'arrière, avec une mécanique parfaite, un rythme si bien noué qu'il en devenait dramatique. Un vulgaire bouchon sur une mer de sang. C'était à n'y rien comprendre. Le sang effaçait toute trace de l'événement. Elle même avait déjà tout oublié ; il n'y avait plus que cette chair rouge, trop rouge pour être encore humaine. Elle attendait sa voix, celle de quand il chantait, elle attendait son rire qui ne ressemblait à aucun autre, elle attendait son regard perçant, plein, tellement plein ; là elle avait un vide. Du blanc. Du blanc. Du blanc sur du rouge.
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De


 Réinventer le monde. Surtout, elle aura appris à se servir de l’art pour renaître à sa façon, pour être telle qu’elle s’aime voir évoluer. Reine d’un monde qui n’existe pas, se dire que c’est déjà ça. Elle pourra dire à ses petits-enfants qu’elle n’aura jamais que oui, elle a renoncé à l’irrenonçable, à en inventer le mot. Le crève cœur permanent n’était pas la récompense imaginée, mais peu importe. Il est bien trop tard et à bien y réfléchir, elle reprendrait la même décision, encore et encore. L’apaisement des sens avant l’oubli. L’oubli qu’elle ne veut pas, l’oubli qu’elle rejette malgré la douleur. On a pas le temps d’oublier merde, on a assez donné pour avoir le droit de tout garder, pour l’honneur du geste, la gloire que personne ne nous accordera.
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Zenzile - Simple Lesson

U
ne écrabouillure. Un poids constant, violent au fond du corps. Rien de bien méchant et pourtant, un rien crevant. L’absence d’espoir en l’instant rend la respiration difficile.
La migraine quotidienne peine à apparaître, peut-être pour laisser un laps de temps suffisant à l’esprit pour s’apaiser avant, laisser la place, un peu de place.
Attendre, mais pas d’une attente niaise et dénudée, attendre dans la douleur latente de ce qu’on a perdu et de ce qu’on ne retrouvera peut-être jamais. Sûrement lasse des peut-être.
Bribes de cauchemars inaudibles, plus abscons qu’effrayants. Reste le trouble. Et les phrases nominales.
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Kyo rentra, s'habilla en un instant : pantalon, chandail. Des espadrilles (il aurait peut-être à grimper). Il était prêt. May lui tendit les lèvres. L'esprit de Kyo voulait l'embrasser ; sa bouche, non, - comme si, indépendante, elle eût gardé rancune. Il l'embrassa enfin, mal. Elle le regarda avec tristesse, les paupières affaissées ; ses yeux pleins d'ombre devenaient puissamment expressifs, dès que l'expression venait des muscles. Il partit.
    Il marchait à côté de Katow, une fois de plus. Il ne pouvait pourtant se délivrer d'elle. "Tout à l'heure, elle me semblait une folle ou une aveugle. Je ne la connais pas. Je ne la connais que dans la mesure où je l'aime, que dans le sens où je l'aime. On ne possède d'un être que ce qu'on change en lui, dit mon père... Et après ?" Il s'enfonçait en lui-même comme dans cette ruelle de plus en plus noire, où même les isolateurs du télégraphe ne luisaient plus sur le ciel. Il y retrouvait l'angoisse, et se souvint des disques : " On entend la voix des autres avec ses oreilles, la sienne avec la gorge." Oui. Sa vie aussi, on l'entend avec la gorge, et celle des autres ?... Il y avait d'abord la solitude, la solitude immuable derrière la multitude mortelle comme la grande nuit primitive derrière cette nuit dense et basse sous quoi guettait la ville déserte, pleine d'espoir et de haine. "Mais moi, pour moi, pour la gorge, que suis-je ? Une espèce d'affirmation absolue, d'affirmation de fou : une intensité plus grande que celle de tout le reste. Pour les autres, je suis ce que j'ai fait." Pour May seule, il n'était pas ce qu'il avait fait ; pour lui seul, elle était tout autre chose que sa biographie. L'étreinte par laquelle l'amour maintient les êtres collés l'un à l'autre contre la solitude ; ce n'était pas à l'homme qu'elle apportait son aide, c'était au fou, au monstre incomparable, préférable à tout, que tout être est pour soi-même et qu'il choie dans son coeur. Depuis que sa mère était morte, May était le seul être pour qui il ne fût pas Kyo Gisors, mais la plus étroite complicité. "Une complicité consentie, conquise, choisie", pensa-t-il, extraordinairement d'accord avec la nuit, comme si sa pensée n'eût plus été faite pour la lumière. "Les hommes ne sont pas mes semblables, ils sont ceux qui me regardent et me jugent , mes semblables, ce sont ceux qui m'aiment et ne me regardent pas, qui m'aiment contre tout, qui m'aiment contre la déchéance, contre la bassesse, contre la trahison, moi et non ce que j'ai fait ou ferai, qui m'aimeraient tant que je m'aimerais moi-même - jusqu'au suicide, compris... "   "

Extrait de La Condition humaine, Malraux
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"Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui."
On ne badine pas avec l'amour - Musset

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