Ça date, alors au cas où, rappel . Ouais ça veut rien dire, m'enfin on se comprend bien quoi.

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_ Elle a quel âge ?
_ Humpf. J'sais pas, 6 ans.
_ Eh ben elle a rien à foutre là c'est bien ce que j'dis
Le bar était bruyant, plein de grosses voix d'hommes bourrés qui surenchérissent dans le bordel, histoire d'être le plus fort dans la merde. Lui était affalé sur le bar, sa bière au creux de ses bras. Elle, elle était posée, en tailleur, aux pieds de son tabouret, les mains jointes ; elle regardait. Elle aimait ça observer, comme beaucoup de gamins ouais, sûrement. Elle observait sans jugement, juste, elle lançait ses grands yeux sur une personne de l'assemblée, et puis elle déchiffrait les traits de son visage. Là, c'était réservé au gros poilu du fond. Elle ne savait pas si elle devait l'appeler "M.Gros" ou "M.Poil", et c'est à ça qu'elle réfléchissait, en le regardant rater sa bouche avec sa pinte.
_ A c't'heure-ci, ça doit être couché les gosses...
_ Sers-lui un jus d'ananas.
_ Elle a rien à foutre là ta gamine
Il frappa son verre contre le comptoir, comme pour se donner cette contenance qu'il avait déjà, et renversa la moitié de sa bière.
_ C'est pas ma gamine c'est ma sœur, et j'te demande de lui filer un jus d'ananas putain, c'est bien un bar ici nan ? Alors file-lui son putain de jus d'ananas, elle adore ça
La barmaid fit la moue. Elle le trouvait mignon, alors ça rattrapait le coup. La gamine en question, elle avait pas bronché. Elle s'était prise de passion pour une jeune fille, tout au fond à gauche du bar. Le coin était le plus sombre, mais ça ne l'empêchait pas de la voir. Elle avait de longs cheveux blonds bouclés, et un grand sourire. Pour la p'tiote, c'était la définition d'une princesse. Le sourire pas forcément, on a le droit de faire la gueule, surtout avant le prince, mais les longs cheveux dorés qui retombent sur les épaules là, comme ça, comme gonflés d'air, ben ça, ça c'est une princesse. Alors elle s'imaginait plus tard, comme ça, avec des cheveux de princesse. C'est pas grave si on a pas le château, on s'en fout du château, de ces murs, l'important, c'est les cheveux, pour être une princesse. Lui tourna la tête, baissa les yeux, vit son sourire. Il soupira et but sa bière d'une traite. La serveuse lui tendit un verre :
_ Tiens, ton jus d'ananas.
Il lui fit un merci de la tête. Un faux merci quoi, un merci de mec blasé qui pense dire en même temps "pardon" s'il ose remercier en mots. De là haut, il tapota de l'index le crâne de sa sœur.
_ Toc toc toc ?
Elle leva les yeux, tout sourire.
_ Je t'ai pris ton jus
Elle décroisa ses jambes, et se releva avec application en s'aidant de ses mains. Elle atteignait tout juste le bar pour pouvoir prendre son verre. La barmaid la regarda faire en souriant.
_ Elle est chou, cette gamine.
Son frère haussa les épaules.
_ I paraît ouais.
La petite avait bu son verre d'une seule traite, en s'interrompant de temps en temps pour prendre une grande respiration, tout en gardant le verre à sa bouche. Les lèvres brillantes d'ananas, elle reposait son verre quant elle entendit une voix grave mais féminine à sa droite. Elle leva les yeux et resta bouche bée.
_ Un monaco s'il vous plaît.
L'autre, il pouffa devant la bière d'entre ses bras, sans même la regarder. La jeune fille fit virevolter ses boucles pour lui jeter son plus beau regard sceptique, sourcil levé. Il fit mine de l'ignorer. La fille remarqua alors la présence de la petiote à ses pieds. Elle leva les sourcils, prit un air gêné, hésitant, puis lança :
_ Elle devrait pas être couchée à cette heure ? C'est pas un lieu pour une petite fille
_ Ah ouais tiens, première nouvelle, ronchonna-t-il
La barmaid souria en tendant son monaco à la fille :
_ Laisse tomber...
La blonde retourna à sa table.
_ Hé, lança-t-il à la serveuse, sans prendre la peine de lever la tête.
_ Ouais ?
_ Tu fais quoi ce soir ?
_ Ben je bosse comme tu vois, ironisa-t-elle
_ Nan mais pff , il secoua la tête en soupirant, j'veux dire après quoi.
Elle ne répondit pas tout de suite. Elle savait très bien ce qu'il entendait par là. Sa tête lui disait, fermement et comme par évidence, "nan. Evite". Elle l'avait toujours trouvé mignon, et ça l'avait toujours soûlée de le voir se barrer avec une fille quelconque, généralement brune, vide, et ivre. Mais "nan. Evite."
_ Je vais me coucher
_ Tu m'invites ?
Elle soupira.
_ Et t'en ferais quoi de la gamine ?
_ Ben j'sais pas, il ronchonna, t'as bien une télé nan ? Alors on la fout devant et elle s'endormira et voilà, elle est pas si conne que ça quoi
_...
_ Alors ?
_ Ok.

La gamine, elle, elle était toute rose, encore émue de cette proximité qu'elle avait eue avec la princesse. Elle ne disait rien, elle se contentait de répéter ce mot dans sa tête, "monaco". Elle ne savait pas vraiment ce que ça voulait dire, ni ce que c'était, mais c'était rouge, et ça sentait bon. Quand elle sera grande, qu'elle aura des grands cheveux bouclés et dorés, qu'elle sera une princesse, elle demandera un monaco, et plus un jus d'ananas.
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"Quelle est la différence entre "ne sera jamais" et "n'a jamais été"?"

Je ne sais pas pourquoi il m'est encore possible d'y penser. Il n'y a plus de surprise, il ne reste que du gâchis, "un immense gâchis" comme on dit ouais, pas pour rien qu'on se sente obligé d'y associer cet adjectif. Il est temps d'enterrer ce bordel infâme, de disperser ses cendres plutôt, sans en bouffer. Plus une miette.
Je ne comprends pas comment je peux réussir à m'acharner sans espérance. C'est absurde. Remâcher les histoires passées qui n'ont jamais été réellement présentes, voilà bien la preuve qu'il est temps de changer d'air.

Mais tout est gris. Putain de gris. J'essaie d'y trouver une beauté, un rien aguicheur, quelque chose qui puisse remplir l'espace crevant par le vide, mais je ne vois pas. Du gris. De l'eau. Déjà plus ces belles couleurs d'automne qui font qu'on s'imagine pardonner la noirceur à venir. Un goût du passé, du déjà vu, du trop vu surtout.



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Elle avait beau se dire, se répéter, que tout irait bien, qu'elle avait connu pire, elle ne pouvait empêcher son corps de trembler plus qu'il ne l'avait jamais fait auparavant. Plus rien ne pouvait occuper son esprit si ce n'était ce semblant d'être au fond d'elle qui tentait de la rassurer, de la ramener prématurément à la vie. Agenouillée, elle serrait le corps ensanglanté contre elle en se balançant de l'avant vers l'arrière, avec une mécanique parfaite, un rythme si bien noué qu'il en devenait dramatique. Un vulgaire bouchon sur une mer de sang. C'était à n'y rien comprendre. Le sang effaçait toute trace de l'événement. Elle même avait déjà tout oublié ; il n'y avait plus que cette chair rouge, trop rouge pour être encore humaine. Elle attendait sa voix, celle de quand il chantait, elle attendait son rire qui ne ressemblait à aucun autre, elle attendait son regard perçant, plein, tellement plein ; là elle avait un vide. Du blanc. Du blanc. Du blanc sur du rouge.
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De


 Réinventer le monde. Surtout, elle aura appris à se servir de l’art pour renaître à sa façon, pour être telle qu’elle s’aime voir évoluer. Reine d’un monde qui n’existe pas, se dire que c’est déjà ça. Elle pourra dire à ses petits-enfants qu’elle n’aura jamais que oui, elle a renoncé à l’irrenonçable, à en inventer le mot. Le crève cœur permanent n’était pas la récompense imaginée, mais peu importe. Il est bien trop tard et à bien y réfléchir, elle reprendrait la même décision, encore et encore. L’apaisement des sens avant l’oubli. L’oubli qu’elle ne veut pas, l’oubli qu’elle rejette malgré la douleur. On a pas le temps d’oublier merde, on a assez donné pour avoir le droit de tout garder, pour l’honneur du geste, la gloire que personne ne nous accordera.
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Zenzile - Simple Lesson

U
ne écrabouillure. Un poids constant, violent au fond du corps. Rien de bien méchant et pourtant, un rien crevant. L’absence d’espoir en l’instant rend la respiration difficile.
La migraine quotidienne peine à apparaître, peut-être pour laisser un laps de temps suffisant à l’esprit pour s’apaiser avant, laisser la place, un peu de place.
Attendre, mais pas d’une attente niaise et dénudée, attendre dans la douleur latente de ce qu’on a perdu et de ce qu’on ne retrouvera peut-être jamais. Sûrement lasse des peut-être.
Bribes de cauchemars inaudibles, plus abscons qu’effrayants. Reste le trouble. Et les phrases nominales.
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Où ça que quoi

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"Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui."
On ne badine pas avec l'amour - Musset

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